Et si chaque meuble avait demain sa propre « carte d’identité » numérique ? C’est l’une des évolutions qui se dessinent dans la foulée du nouveau règlement européen sur l’écoconception des produits durables (ESPR).
Le secteur de l’ameublement devra progressivement intégrer davantage de critères de durabilité, de réparabilité ou de circularité et rendre ces informations plus transparentes et accessibles à tous à travers un passeport produit digital (digital product passport ou DPP).
En Belgique, le projet FurniPASS, porté par WOOD.BE et TripleR.io, a permis de tester les contours de ce futur passeport numérique et d’accompagner les professionnels dans cette transition.
Le secteur de l'ameublement en transition
Le mobilier européen entre dans une nouvelle phase de sa transition environnementale. Avec l’adoption du règlement européen sur l’écoconception des produits durables – ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation), l’Union européenne veut faire évoluer en profondeur la manière dont les produits sont conçus, fabriqués, utilisés et valorisés en fin de vie.
Le règlement, entré en vigueur en juillet 2024, élargit considérablement le champ de l’écoconception. Il ne s’agit plus seulement de réduire la consommation énergétique de certains équipements : l’objectif est désormais de faire de la durabilité une caractéristique centrale des produits, en agissant notamment sur leur durée de vie, leur réparabilité, leur utilisation des ressources, leur recyclabilité et leur contenu recyclé.
Pour les fabricants, distributeurs et autres acteurs de la filière de l’ameublement, l’enjeu est désormais de comprendre ces futures exigences et surtout de commencer à intégrer leurs principes dans les produits et les processus.
L'écoconception : intégrer la fin de vie du meuble dès sa conception
L’écoconception consiste à intégrer les enjeux environnementaux dès la conception du produit, plutôt que de chercher à réduire son impact une fois celui-ci fabriqué.
Pour un meuble, cela peut notamment conduire à se poser une série de questions très concrètes :
- Quels matériaux utiliser et en quelle quantité ?
- Les matériaux utilisés sont-ils renouvelables, recyclés ou recyclables ?
- Le meuble pourra-t-il être facilement démonté, réparé, réemployé ?
- Les pièces d’usure pourront-elles être remplacées ?
- Comment séparer les différents matériaux en fin de vie
- Quelles informations seront nécessaires pour assurer sa traçabilité ?
- Comment prolonger au maximum sa durée d’utilisation ?
Cette approche change donc la manière de penser le produit. La fin de vie ne constitue plus la dernière étape du meuble : elle doit être anticipée dès sa conception.
Le passeport numérique, une nouvelle "carte d’identité" du meuble
C’est dans cette logique qu’intervient le Digital Product Passport (DPP), ou passeport produit numérique.
Son principe est simple : rendre accessible numériquement un ensemble d’informations sur le produit pour mieux connaître son histoire, ses caractéristiques et les possibilités d’intervention tout au long de son cycle de vie.
Pour un meuble concrètement, savoir les matériaux qui le composent (important pour un opérateur de fin de vie), identifier les éléments démontables, faciliter une réparation ou encore orienter un meuble vers le réemploi.
Ces informations doivent pouvoir être utiles non seulement au consommateur, mais également aux fabricants, distributeurs, réparateurs, reconditionneurs et acteurs du recyclage.
FurniPASS, un prototype de passeport numérique : expérimenter avant l'obligation
C’est précisément pour préparer cette évolution que WOOD.BE et TripleR.io ont développé FurniPASS, dans le cadre du programme Belgium Builds Back Circular (BBBC).
Objectif du projet FurniPASS : tester un prototype de passeport produit numérique adapté au secteur de l’ameublement, tout en travaillant sur les conditions nécessaires à son déploiement et en permettant au secteur de se familiariser avec une évolution réglementaire qui va bientôt entrer dans une phase beaucoup plus concrète (horizon 2028).
Au-delà du développement de l’outil numérique, le projet – qui s’est achevé en juin 2026 – a également permis de :
- cartographier la chaîne de valeur belge de l’ameublement et ses acteurs, y compris les acteurs de la fin de vie
- élaborer des lignes directrices d’écoconception spécifiques au mobilier
- sensibiliser les professionnels aux enjeux de l’écoconception et du passeport numérique à travers des présentations et workshops
- tester le prototype en conditions réelles auprès d’acteurs de la filière
- favoriser les échanges entre fabricants, distributeurs, réparateurs et acteurs du réemploi et du recyclage
Une évolution qui concerne tous les acteurs de l'ameublement
L’un des enseignements importants du projet FurniPASS est que l’écoconception ne peut pas être considérée comme la responsabilité unique du designer ou du fabricant.
Pour qu’un meuble soit véritablement circulaire, chaque maillon doit disposer des bonnes informations et pouvoir agir.
Le fabricant peut concevoir un meuble démontable. Le distributeur peut transmettre les informations utiles au client. Le réparateur peut identifier les pièces et les matériaux. Le professionnel du réemploi peut déterminer si le meuble peut connaître une seconde vie. Et le recycleur peut mieux orienter les différentes matières.
C’est cette logique de collaborative qui donne tout son sens au passeport numérique.
Et le bois, dans tout ça ?
Cette évolution pose naturellement la question des matériaux.
Et le bois dispose ici de nombreux atouts.
Un matériau naturellement renouvelable
Le bois est une matière première renouvelable lorsqu’il provient de forêts gérées durablement. Il peut également contribuer au stockage du carbone pendant la durée d’utilisation des produits bois.
Toutefois, il ne suffit pas de choisir du bois pour qu’un meuble soit automatiquement circulaire. Le choix de l’essence, la provenance du bois, les traitements, les colles, l’assemblage et la possibilité de séparer les différents composants en fin de vie sont autant de paramètres à prendre en compte.
Un matériau propice aux stratégies de réemploi et de transformation
Le bois se prête bien à la conception de meubles avec des assemblages démontables et des pièces remplaçables, bref des meubles mieux armés pour entrer dans une logique circulaire.
Et cette circularité du bois ne s’arrête pas au premier usage.
Un meuble en bois peut être réparé, réemployé, reconditionné, transformé, puis, lorsque les conditions le permettent, ses composants ou sa matière peuvent être valorisés dans d’autres applications. Des initiatives européennes récentes travaillent précisément sur cette capacité à récupérer les bois issus notamment des meubles en fin de vie et à les réintroduire dans de nouvelles chaînes de valeur.
Le bois est donc une véritable carte à jouer pour passer d’une logique « fabriquer-utiliser-jeter » à une logique « concevoir-utiliser-réparer-réemployer-transformer-recycler ».





